Tordons le cou aux quelques divagations autour du Serious Gaming
Depuis l’annonce de Nathalie Kosciusko-Morizet (aka nk_m) concernant le grand plan de relance numérique, l’ordre sémantique autour des applications Jeux-Vidéo en terme de communication s’est cristallisé sur le terme Serious Gaming. C’est comme tout néologisme anglo saxon, un mot valise, barbare qui ne peut pas être compris autrement qu’alimenté de quelques explications sur l’essence même du jeu vidéo et son évolution depuis 30 ans. Si l’on se moque de ces préliminaires on arrive parfois à des définitions difficilement compréhensibles pour les non initiés, qui pourtant peuvent s’avérer tout à fait bénéficiaires de l’utilisation d’un contenu jeu vidéo pour servir leurs différentes problématiques de communication, publicité ou formation.
Indexel.net tente dans un récent article de lever le voile sur les difficultés de compréhension autour du concept de Serious Game, malheureusement il me semble que c’est un échec. Un échec à la fois parce que les définitions sont maladroites mais aussi parce que les questions posées souvent biaisées ou hors de propos.
Tout d’abord la définition “les serious games, c’est l’arrivée de contenus sérieux dans le monde du jeu vidéo” me semble parfaitement fausse. Le Serious Game n’a rien de sérieux, il n’est pas forcément chiant. C’est une faiblesse dans la traduction littérale de ce mot anglais. Un Serious Game est un jeu vidéo qui transmet un message. Un jeu vidéo qui n’a pas pour unique vocation le divertissement ; mais de manière directe ou non de communiquer aux joueurs des compétences, des valeurs ou même une image de marque. Ainsi on peut considérer le concept de Serious Gaming comme le mot valise dans lequel on intègre tous les jeux qui à un moment ou un autre de leur scénario, de manière évidente ou non, transmettent un message ou une information consciemment intégré par le créateur. Ainsi des jeux pour former des commerciaux à des techniques de vente, un autre pour sensibiliser à une cause humanitaire ou encore un jeu vidéo publicitaire, font tous partie de la grande famille des Serious Games, quelque soit leur niveau de sophistication, leur langage de développement ou la plate-forme dans laquelle il est joué.
Avec le Serious Gaming le jeu vidéo devient un medium, il est un vecteur de transmission d’information. De la même manière qu’un écrit, qu’un son, qu’une photo ou qu’une vidéo, c’est un outil pour transmettre un message. C’est un medium neutre, sans a priori moral particulier car c’est ce que va en faire son producteur qui compte, si oui ou non il saura employer les bons outils et les bonnes méthodes pour servir ses objectifs.
Merci à Symetrix pour cette matice
Riche de cette mise au point toutes les questions annexes posées aux différents acteurs et professionnels du secteur dans l’article d’indexel.net peuvent être répondues de façon plus tranchée.

1/ Quels sont les objectifs d’un Serious Game ? Damian Nolan répond la formation… C’est faux. L’objectif d’un Serious Game c’est de servir son message. Si c’est un jeu pour transmettre une compétence alors oui, l’aptitude à transmettre un message est un bon moyen de juger de la pertinence du jeu. Seulement un Serious Game peut avoir un objectif publicitaire, jugé sur sa capacité à transmettre des valeurs de marques, à augmenter les ventes, il peut aussi avoir un objectif de sensibilisation ou informatif comme de plus en plus de News Games le démontre. Enfermer le Serious Game dans son rôle de formation est biaiser largement sa définition.
2/ Quelles populations sont ciblées ? C’est ici que l’analyse de l’évolution des comportements de jeu depuis 30 ans est indispensable. Aujourd’hui tout le monde joue. Un jeu vidéo n’est plus réservé à des bandes de jeunes adolescents (masculins) mais avec l’évènement de la Wii et l’explosion en terme de croissance et de temps de jeu c’est une population considérable qui passe de longs moments à jouer. Beaucoup de femmes, +50% pour les jeux occasionnels. Ce sont aussi les cadres trentenaires qui au bureau prolongent leur posent café avec des jeux qu’ils trouvent sur Internet, sur Facebook, leur téléphone mobile ou même leur console portable pour les plus libérés des contraintes de bureaux…

3/ Quels sont les secteurs les plus intéressés ? Cette question ne peut être comprise que grâce à une catégorisation des Serious Games. Pour les jeux de formations, surtout les entreprise ou organisme public qui doivent en permanence assurer une mise à niveau de leur collaborateurs. Pour des jeux de recrutement, les banques, les sociétés de service en informatique, bref tous les secteurs qui ont des besoins important en terme de recrutement de profils souvent jeunes et très diplômés. Pour les jeux d’information ou de sensibilisation, toutes les ONG ou développeurs indépendants peuvent se risquer à employer le jeu pour se faire entendre. Et pour finir, ce sont toutes les marques qui cherchent à se rajeunir ou dynamiser leur discours qui peuvent employer le jeu comme contenu publicitaire (advergaming).
4/ Quel est le niveau de sophistication ? C’est une question creuse. En effet, si on accepte ma définition cela reviendrait à la question : Quelle niveau de sophistication d’une vidéo ? C’est absolument impensable de comparer la vidéo de mes vacances à Mikonos avec ma grande tante et mes chats siamois et une superproduction Hollywoodienne. Certains mettent les moyens d’intégrer des technologies puissantes, d’autres préfèrent privilégier le message. Il faut tout de même insister sur le fait qu’un message peut être parfaitement compris sans mettre le paquet sur la technologie : Comme on peut voir de gros navets avec beaucoup de moyens…

5/ Sous quelle forme et à quels prix sont commercialisés ces jeux ? Le format est variable, il semble tout de même que les Serious Games sur console ne feront pas légion. C’est les possibilités offertes par Internet qui ont permis l’avènement de tous ces jeux nouveaux. Des browser Games, c’est à dire des jeux auxquels ont joue directement sur son navigateur sans télécharger de plug in ou presques, la plupart du temps en flash ou des lecteurs similaires.
Concernant le prix tout est envisageable et cela sera mon point d’accord avec l’article d’Indexel.net, qui même s’il ne pose pas toujours les bonnes questions et y répond souvent maladroitement aura tout de même la qualité de porter le débat et de prêcher pour la paroisse de la communication à travers les jeux !






